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Parfois tout s’agite autour de vous, parfois tout va trop vite sans que vous l’ayez décidé et c’est alors que vous ressentez « l’appel des nymphéas », cette envie irrésistible de se poser devant l’étang du jardin de Claude Monet et de se ressourcer en fixant comme il devait le faire la surface de l’eau, en laissant le regard se perdre et jouer avec les reflets du si joli jardin de Giverny. Y-a-t-il aujourd’hui encore un jardinier qui parcourt en barque l'étang pour nettoyer comme l’exigeait le Maître les nénuphars souillés par la suie des trains qui passaient ? Pas certain ! Mais le charme opère toujours surtout si vous réussissez à arriver avant la foule. Alors les saules pleureurs, les bambous noirs, les cognassiers du Japon, les arbres de Judée, les ginkgos, les rhododendrons aux couleurs vives, les azalées, les pivoines, les agapanthes, les glycines, les tamaris, les iris s’offrent à vous et en ce mois de mai, qui n’est pas si joli, les tulipes, mieux les cœurs de tulipe, sont une invitation au vagabondage de l’esprit, un esprit enfin libéré.

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Et puis, alors que vous vous sentez apaisé, vous êtes aussi réjoui car depuis quelques mois Eric Guérin, le Chef de La Mare aux Oiseaux est revenu dans le village de son enfance. Il n’a pas abandonné la Brière (« une contrée de songes et de roseaux », tiens–tiens, le rêve aussi), non il a ouvert une deuxième maison, mieux il a redonné vie à une deuxième maison à Giverny et Le Jardin des Plumes est né, un oasis de paix et de sérénité, comme un clin d’œil aux nymphéas, ici aussi on retrouve un ginkgo, un « arbre de vie », et puis ce hêtre pleureur qui donne au Jardin des Plumes toute la noblesse et la force de ces déjà cent ans.

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C’est une bien jolie villa qui vous accueille. On dit qu’elle fut construite par un architecte qui travaillait dans l’équipe d’Eiffel et qui aimait sans doute le style anglo-normand. Peut-être que le Chef Guérin avait, enfant, enjambé les murs pour se promener ici ? Etait-elle déjà abandonnée ? Elle a aujourd'hui à nouveau fière allure, dès l’entrée les cabochons de marbre rouge vous laissent imaginer que la belle va vous séduire. La salle à manger confirme cette impression, vous sentez que vous n’avez pas envie de résister et que vous allez céder sans manière au charme de l’endroit, la lumière entre à flot et il y a même du soleil (mais là Eric Guérin n’y est pour rien), les couleurs sont apaisantes, l’art déco est suggéré, le bleu paon d’un mur donne de l’espace aux lustres de plumes, des plumes en verre de Murano, tiens n’est-ce pas aussi des plumes qui pendent aux oreilles des serveuses ? Tiens n’est-ce pas ce même bleu pour les chemises des serveurs ?

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Et puis il y a Nadia, on l’appelle Nadia car c’est ce prénom qui est inscrit sur la carte, « Nadia vous accueille », sans cela nous ne nous permettrions pas. C’est Nadia Socheleau, elle était avant directrice de salle chez Alain Passard, elle avait déjà travaillé avec Eric Guérin, elle nous a dit son plaisir et son enthousiasme de le retrouver pour cette nouvelle aventure. Quelle chance pour nous, elle est comme un tourbillon de bonne humeur dans cette villa, elle vous dit sans que vous n’ayez rien demandé « si vous le souhaitez, pour votre café, j’ai une table qui sera bientôt libre sur la terrasse », et nous voilà à l’ombre des grands arbres et en compagnie du chat roux, pour un peu nous ronronnerions nous aussi !

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Mais revenons au début et à la table, Eric Guérin n’est pas là, il n’abandonne pas La Mare aux Oiseaux mais comme en salle, il a en cuisine un autre complice. Joackim Salliot avait lui aussi déjà travaillé avec le Chef Guérin, ils se connaissent et ils se font confiance sans aucun doute car comment confier sa cuisine à un autre sans cela ? En tous les cas, ce qu’il nous a été donné de déguster témoigne de la réussite parfaite de ce duo, pas de heurts ici mais une belle complicité sinon comment inventer cette si jolie façon de commencer avec les amuse-bouche, chaque produit est à sa place, harmonie, équilibre, précision,  qu’elle semble loin cette vie qui allait trop vite !
C’est cette même harmonie pour la tarte fine aux encornets grillés, on imaginait du croustillant classique et nous voilà avec la douceur et  le fondant de l’houmous libanais, cela pourrait être doucereux, que nenni, la vinaigrette est fraîche et vive comme la menthe et le fruit de la passion, et puis on découvre aussi des sot-l'y-laisse et d'autres surprises encore. Posée sur une ardoise noire, cette tarte fine est comme une toile de Monet, impressionniste et impressionnante. L’œuf fumé est lui un plat fragile, gracile, encore une fois l’équilibre est parfait à l’image de cette si petite fleur de courgette posée comme un funambule sur la délicate coquille, œuf et rillettes de poule, qui de l’œuf et de la poule ?

Comment dire le reste tant à nouveau tout est parfait ? La sole retrouve ici toute sa noblesse, elle n’est pas torturée, noyée, bouillie, cachée, elle est nature, nue et pudique, regardez cette couleur, elle est juste posée sur la polenta grillée et en belle compagnie, du joli vert, ici ou là un pétale rouge, Eric Guérin et Joackim Salliot savent que l’œil  goûte aussi. L’agneau, notre coup de cœur, vient du Quercy. C’est un montage étonnant, comme un coffret à bijoux, à l’intérieur les ris sont comme un trésor, chaque grain de boulgour roule sans se coller à l’autre comme la plus jolie des semoules dans le Haut Atlas. Une pointe de wasabi et le voyage continue sans démonstration lourde, seulement des invitations, Afrique du Nord et Japon, sans jamais oublier le respect du produit, l’origine du produit. L’agneau comme la sole restent  les vedettes de ces belles assiettes. On devine que rien n’est laissé au hasard, on devine que tout a été pensé, Nadia nous dira qu’Eric Guérin dessine ses recettes avant de les mettre en œuvre, on ne grandit pas à Giverny pour rien…

Le Jardin des Plumes (14) Le Jardin des Plumes (17) Plateau de fromages

Comment résister pour l’un à ce chariot de fromages qui traverse la grande salle avec beaucoup de distinction faisant fi des quelques uns qui se pincent le nez sur son passage, nous sommes déjà en Normandie et pour l’autre comment résister à l’appel du chocolat. Encore une assiette joliment dessinée, comme une pyramide de gymnastes, le brun répond au vert, le croquant au moelleux, sans oublier le petit frisson du granité.
Et nous revoilà en terrasse, dans le jardin, dans Le Jardin des Plumes, là où tout semble plus léger. Cette villa qui aurait pu disparaître pour laisser la place à une résidence, forcément moins jolie, est repartie pour un siècle au moins, la vie et la bonne humeur l’envahissent à nouveau et on se surprend à imaginer les réceptions que donnait peut-être l’ingénieur de Gustave Eiffel dans les années folles, on imagine les élégantes qui n’ont pas eu la chance de connaître la cuisine d’Eric Guérin et de Joackim Salliot, pas plus que, pour le coup, la vraie élégance de Nadia Socheleau.

TRIPLE MIAM pour ce jardin extraordinaire qui nous a rappelé un soir sur le port de Malaga où nous dînions chez José Carlos Garcia, un autre « nouveau » restaurant, un autre Triple Miam sans étoile qui quelques mois après l’accrochait à son revers. Mais "on dit ça on dit rien" car on sait depuis que nous lisons Atabula que les inspecteurs du Michelin n’aiment pas la pression des blogueurs… Dernière chose importante : nous avons voulu nous promener à la carte mais le dimanche midi, il y a aussi un menu trois plats à 36 euros, "on dit ça… on dit rien".

Dernière confidence : nous allons découvrir La Mare aux Oiseaux, comme un retour au nid... 

 

Nous avons choisi à la carte :

  • Oeuf fumé, bouillon de poule au lapsang-souchong, rillettes de poulet et écrasé de pommes de terre à l'huile d'olive
  • Tarte fine aux encornets grillés, pois chiche confits, concombre et vinaigrette passion-menthe
  • Filet de sole, asperges et blettes sautées, polenta grillée, oignons nouveaux et crème d'asperges coriandre
  • Selle d'agneau du Quercy, boulgour, ris d'agneau, petits pois wasabi, jus d'agneau et yaourt wasabi    => Notre coup de coeur
  • Assiette de fromages
  • Chocolat-menthe

Oeuf fumé, bouillon de poule au lapsang-souchong, rillettes de poulet et écrasé de pommes de terre à l'huile d'olive (1) Tarte fine aux encornets grillés, pois chiche confits, concombre et vinaigrette passion-menthe Filet de sole, asperges et blettes sautées, polenta grillée, oignons nouveaux et crème d'asperges coriandre (2) Selle d'agneau du Quercy, boulgour, ris d'agneau, petits pois wasabi, jus d'agneau et yaourt wasabi (3) Assiette de fromages Chocolat-menthe

 

                  Le pain                 Côtes du Rhône Haut-Musiel 2010      L'addition (2) : 194 €

Le Jardin des Plumes (20) Côtes du Rhône Blanc Haut-Musiel 2010 Le Jardin des Plumes (32)

 

Joackim Salliot a quitté Le Jardin des Plumes fin janvier 2015 et il est désormais remplacé par Albert Riera, ancien second d'Eric Guérin à La Mare aux Oiseaux.

 


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Le Jardin des Plumes

1 rue du Milieu, 27620 Giverny (cliquez sur l'adresse pour afficher le plan)

Téléphone : 02 32 54 26 35

www.lejardindesplumes.fr

Ouvert au déjeuner et au dîner du mercredi au dimanche

 

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