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Manger, drôle de nom pour un restaurant et pourquoi pas « table » comme dirait Bruno Verjus ? C’est pourtant un très joli nom qui lui va bien à ce bel endroit du onzième que nous a fait découvrir Mathilde Dewilde, la célèbre « Foodista » qui officie désormais aussi sur Ouatch TV avec la non moins célèbre Isabelle Spiri
Cette histoire de nom nous a rappelé la mission originelle d’un restaurant, n'est-ce pas celle de bien nourrir ceux qui viennent y manger ? Ce rappel n’est peut-être pas anodin dans ce moment de notre société où un concept culinaire en chasse un autre, où le fait de se nourrir peut devenir un happening, une provocation dans le pire des cas mais aussi une belle action dans le meilleur des cas et c’est justement le cas de ce « Manger ».

Chez Manger, on vous nourrit de belle façon, nous y reviendrons, mais c’est d'abord un bel endroit pour se nourrir, normal nous direz-vous ? Oui mais non, car ce Manger est un restaurant associatif et on imagine en général plus un lieu basique et fonctionnel où le beau n’est pas la préoccupation. Ici on oublie les clichés sur le restaurant associatif. Ici c’est un drôle de beau restaurant associatif qui a carrément fait appel à l’architecte Marie Deroudilhe qui a fait ses débuts chez Terence Conran à Londres avant de rejoindre Patrick Jouin où elle a collaboré sur de nombreux projets de restaurant dont le Dorchester à Londres et qui a dernièrement signé la rénovation du Rech de Ducasse. Mais comment est-ce possible pour un restaurant associatif ? Manger est en fait détenu par l’association Toques & Partage à 51 %, le reste étant apporté par des fonds privés. Cette association fondée en 2010 veut agir en faveur de l’insertion professionnelle en s’engageant à former et à employer des demandeurs d’emploi, des chômeurs en fin de droits, des jeunes avec ou sans diplôme.

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Pour Thierry Monassier, son Président « … Ceux qui sont en situation d’exclusion sociale doivent pouvoir prendre ou reprendre leur route professionnelle sereinement… ». Pourquoi s’être lancé dans cette aventure ? « … Sûrement pas pour créer un énième restaurant, je l’ai fait si souvent, mais mon parcours, ma vie, mon histoire personnelle m’ont fait réaliser que les « grands chefs » pouvaient transmettre leur passion, donner un peu de leur énergie, partager leur savoir et aussi donner des recettes pour le « Dîner des chefs » , ils ont dit oui tout de suite à cette idée de restaurant solidaire… ».
Thierry Monassier nous a confié son histoire personnelle, nous demandant de ne pas en parler, ce que nous respectons, mais elle est suffisamment forte émotionnellement pour faire taire les Cassandre qui douteraient. Il y a chez cet homme et chez les Chefs qui se sont engagés dans cette aventure humaine une autre vision de la gastronomie, une gastronomie avec un supplément d’âme, une sincérité touchante et vivifiante. Certains ont « mangé » dans leur vie, ce verbe est décidément étonnant puisqu’il sert aussi à décrire la souffrance des accidentés de la vie, ici en vingt-quatre mois ils peuvent tenter de retrouver le chemin, un chemin, leur chemin. Thierry Monassier prévoit qu’ils représenteront à terme 30% de l’effectif mais pas question pour autant d’écrire sur la devanture « restaurant d’insertion », c'est d'abord un restaurant. Il aimerait aussi que ce modèle fasse des petits en régions, et pourquoi pas ?

Nous avions avec Mathilde réservé le Dîner des Chefs dont 10% des recettes sont reversés à l’association Toques & Partage, mais pas question pour autant de vous dire un commentaire « gentil », voilà donc un point de vue comme pour toutes les autres tables, en toute subjectivité assumée… et qui n'engage que Jack et Walter et pas Mathilde !
55 euros pour un quatre plats, sans mise en bouche et sans tralala, un plat sans beaucoup d’ambition avec l’œuf d’Alléno, mais aussi un plat étonnant comme le merlan au vert de Pierre Gagnaire, un plat tout en douceur, tout en finesse, tout en légèreté, et enfin un plat de haute tenue avec le pigeonneau aux épices de Michel Trama, Chef moins connu du grand public, et pourtant l'Aubergade à Puymirol est une table doublement étoilée, on regrettera juste un accompagnement minimaliste, juste assez pour regretter de ne pas en avoir un peu plus. Notons que non seulement ce Chef a proposé là une belle recette mais qu’il est en plus le parrain de l’association.
Le dessert est lui exceptionnel et notre enthousiasme nous a valu un débat passionné sur notre page Facebook avec un autre Chef pas content alors que nous affirmions, et que nous continuons à le faire, que le Paris-Brest inspiré par Christophe Michalak était meilleur que celui de Maître Conticini… Nous devons cette prouesse gourmande à Denis Demark pour la réalisation ! Retenez ce nom…

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Il y a un autre nom à retenir à l’évidence, c’est celui du Chef qui s’est embarqué dans l’aventure  pour diriger les cuisines : William Pradeleix. C’est lui qui fait le lien entre les recettes des Chefs et le menu des Chefs  servi chez Manger. Il en faut de l’humilité pour accepter de reproduire fidèlement la recette d’un autre et s’effacer. Et c’est d'ailleurs notre regret du soir : ne pas avoir profité de SA cuisine car son parcours est riche et intéressant. Il nous dira sa passion des voyages de San Francisco au Mexique, du Mexique à Bora Bora, de Bora Bora à Londres où il était avant d’arriver ici, travaillant avec Hélène Darroze au Connaught Hotel. Justement pourquoi venir ici et quitter les hôtels de luxe ? « … Tout simplement parce qu’en plus de faire le métier que je voulais faire j’ai l’impression de donner du sens à ce métier, de consacrer un peu de mon temps aux autres, d’être utile… ». Nous allons vous confier un secret, ce que nous avons vu dans les assiettes des autres tables nous a donné très envie de revenir pour découvrir le « dîner de William Pradeleix », sa carte, ses créations  et il ne faudrait pas d’ailleurs que ce « Dîner des Chefs », un peu trop cher, voire trop cher, cache ce talent que nous avons perçu chez celui qui dirige les cuisines, et puis l’association détient 51 % des parts… donc on mange solidaire dans tous les cas !  

Triple Miam pour cette idée généreuse et innovante, et MIAM pour le Dîner des Chefs en attendant de découvrir tout le talent de William Pradeleix, talent un peu bridé par ces recettes "imposées" et comme on aime la liberté on reviendra, c'est certain, pour nous promener dans sa jolie carte...

PS : Subjugués par Mathilde, nous avons oublié de photographier la jolie bouteille de Riesling qui raconte pourtant de belles histoires fruitées des vallées du Rhin et de la Moselle... 

 

Nous avons choisi le Dîner des Chefs (55 €) :

  • Oeuf cocotte au coulis de cresson (Yannick Alléno, Restaurant Terroir Parisien, Paris)
  • Merlan au vert (Pierre Gagnaire, Restaurant Gaya Rive Gauche, Paris)
  • Pigeonneau aux épices, carottes au cumin (Michel Trama, Parrain de Toques & Partage, Restaurant L'Aubergarde, Puymirol)
  • Paris-Brest au mètre    => Notre coup de coeur

Oeuf cocotte au coulis de cresson (Yannick Alléno, Restaurant Terroir Parisien, Paris) Merlan au vert (Pierre Gagnaire, Restaurant Gaya Rive Gauche, Paris) Pigeonneau aux épices, carottes au cumin (Michel Tram, Parrain de Toques & Partage, Restaurant L'Aubergarde, Puymirol) Paris-Brest au mètre

 

                   Le pain                         L'addition (3) : 236 €

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En mars 2013, William Pradeleix a quitté Manger pour ouvrir son propre restaurant, Will, dans le douzième. C'est Julien Cadiou qui lui succède. En juillet 2015, Manger a fermé définitivement ses portes.

 


Manger (16) 24 rue Keller

Manger

24 rue Keller, 75011 Paris (cliquez sur l'adresse pour afficher le plan)

Téléphone : 01 43 38 69 15

Métro : Bastille, Bréguet-Sabin, Ledru-Rollin

manger-leresto.com

Ouvert du mardi au samedi de 12:00 à 14:30 et de 19:30 à 22:30

 

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